Les étangs et la Clape
L
es basses plaines de l'Aude, qui s'étendent de l'étang de Vendres, à l'Est, à l'étang de Sigean, à l'Ouest, constituent un chapelet de lagunes uniques, par leur flore et leur faune, façonnées par la nature et par l'homme. Au beau milieu se dresse un massif rocailleux de près de 15'000 hectares, la Clape.
 
Un peu d'histoire
Après s'être retirée à l'ère glaciaire (vers -10'000 ans), la mer pénètre au 1er siècle dans le golfe de Narbonne, suivant le lit primitif de l'Aude.
 
Ce golfe, abrité par les îles Saint-Martin et Sainte-Lucie, constituait une base de communication avec la Gaule pour les peuples navigateurs méditerranéens.
 

A l'époque pré-romaine les Elysiques (peuple autochtone) s'installent au bord de l'Aude, à l'emplacement actuel de Narbonne.
Les marchandises étaient déchargées, sur des barques à fond plat, pour être acheminées vers Narbonne par le cours de l'Aude.
 
Les romains ont développé cette activité commerciale et fait de Narbonne la capitale de la province de Septimanie.
 
Au Moyen Age, après la chute de l'empire de Rome et le déclin de Narbonne après des siècles d'invasion l'époque des croisades correspond à une reprise de l'activité portuaire sur l'étang.
 
Du 12ème au 18ème siècle les alluvions chariés par l'Aude colmatent progressivement le golfe, séparent les étangs de Capestang et de Vendres. Les étangs actuels sont formés.
 
Le recreusement du lit de l'Aude en aval, au 18ème siècle, va permettre la formation du cordon littoral et des plages, telles qu'on les connaît aujourd'hui.
 

 
Canal de la Robine
La Robine de Narbonne était un ancien bras de l'Aude, abandonné par le fleuve depuis l'Antiquité.
 
Fin du 17ème, devant l'importance commerciale que prenait le Canal Royal, des travaux furent entrepris pour modifier le lit de la Robine afin de relier Narbonne au Canal.
 
Ce canal, qui donne directement accès au cœur de Narbonne, poursuit sa route vers la mer à travers les étangs de Bages et de Sigean, pour atteindre Port-la-Nouvelle.
 
 
Bages et son étang
 
L'étang de bages est une lagune qui communique avec la mer par le chenal de Port-la-Nouvelle.
Bages (près de 750 habitants) est situé sur un éperon rocheux .
Quelques pêcheurs perpétuent la tradition de pêche associant souvent leur activité à la viticulture.
 

Village un peu magique, surplombant l'étang, le bourg, tout en ruelles étroites accueille aujourd'hui touristes et résidants secondaires, au bonheur des galeries d'artistes attirées par le site. Néanmoins le village reste animé toute l'année.
 
Dans l'étang de Bages, la plupart des îles de l'ancien golfe sont maintenant ratachées au rivages. Seules les îles de Planasse (colonisée par les goélands) et du Soulier (simple arrête rocheuse) demeurent de véraitables îles.
 
De Bages à Peyriac les 5 km de route offrent l'un des paysages les plus remarquables de la région.
 
 
Peyriac
A l'opposé, Peyriac est blotti au fond d'une anse de lagune et ne se dévoile au visiteur qu'au dernier moment.
Village animé, les ruelles étroites du centre de Peyriac, près de l'église fortifiée du 14ème siècle, donnent accès à d'étroits passages en escaliers.
 
 
Gruissan
 Gruissan passe pour être un des plus beaux villages de France, avec son vieux village de pêcheurs et de vignerons, ses ruelles circulaires et sa vénérable tour Barberousse (qui n'a rien à voir avec le pirate, qui n'a jamais mis les pieds à Gruissan).
 

Gruissan c'est aussi la célèbre plage des chalets, abris de vacances construits par des narbonnais dans les années 1850.
Les premiers chalets en bois étaient construits sur pilotis afin d'éviter les inondations provoquées par les tempêtes de sud-est.
Hélas une forte tempête, en 1899 a tout emporté et les chalets actuels ont été reconstruits au début du 20ème siècle.
 

Il reste aujourd'hui plus de 1'200 chalets. Cet ensemble est protégé et fait partie du patrimoine.
 
L'originalité et le charme de Gruissan reposent autant sur sa situation en bord de mer que sur son environnement immédiat, les 15'000 hectares de la Clape.
 
Le massif de la Clape
Cette "montagne" (altitude maximum : 214 m), ancienne île, possède une identité forte, fondée sur des conditions géologiques, hydrauliques et climatiques très particulières.
 

L'homme avait déjà trouvé refuge dans la Clape il y a 100'000 ans. Si la Clape est l'un des lieux les plus ensoleillés de France, elle le doit aux 13 vents qui se croisent en son ciel. Tramontane, Cers, Pounent, Vent d'Espagne ou gregaou se partagent la tâche de chasser les nuages qui pourraient masquer la belle île.
 
Cette île fit le bonheur des phocéens et des romains pendant des siècles.
 
Et pourtant…que de cailloux ("clape" en occitan)…oui, mais des terres rouges de fer, des marnes jaunes, des grés rouges ou verts et tant de plantes aromatiques (thym, lavande, romarin, ciste, salsepareille, millepertuis…) qui embaument les promenades. Le miel de Narbonne était déjà connu en Egypte ancienne.
 
La vigne, cultivée par grecs et romains, qui ont laissé quelques Villas ou propriétés, devenus domaines, tire parti de cette richesse aromatique.
 
La mer a créé ici des falaises monumentales, balcons panoramiques sur la mer et les étangs.
 
Cette situation enviable est la proie des promoteurs immobiliers depuis des décennies qui n'ont cesse d'y bouter le feu, les jours de vent du Nord. Bien protégée, la Clape demeure intacte encore aujourd'hui, sauf quelques "grignotages" sur les hauts de Saint-Pierre, station balnéaire sans cachet particulier, jonchée de campings et de cabanons 2 pièces avec jardin, mais si bien placée au sein de cet espace lagunaire.
 
Nous ne quitterons pas ce massif sans mentionner son attraction touristique, le gouffre de l'œil doux, petit lac d'eau douce de forme circulaire profond d'une trentaine de mètres…que la légende dit insondable et dangereux mais qui fait le bonheur des jeunes qui viennent plonger et s'y baigner, en été, loin de la foule du littoral.
 

 
L'étang de Vendres
Mer, il y a longtemps, l'étang communiquait encore avec la mer en 1780. En 1781 les inondations de l'Aude ont fermé cette communication par l'apport d'alluvions.
 
1'100 hectares de roselières, l'une des dernières du littoral, qui abritent hérons pourpres, butors étoilés et mésanges mais aussi sangliers et renards.
 

Il est dit que ceux qui possèdent des terres dans ou autour de l'étang avaient des ancêtres chasseurs et il m'en reste quelques souvenirs d'heures passées au petit matin, les pieds dans l'eau, caché par quelques roseaux, et mon oncle sifflant dans ce qu'il m'a appris être un appeau…retour sans gloire à Lespignan, trempé et sans gibier, mais au chaud, vers 9h du matin.
 
 
Et demain ?
 
Ces basses plaines de l'Aude ont, en tant que mer, contribué à la prospérité de l'ancienne Narbonne.
Au milieu de 19ème siècle le Phylloxera fait des ravages dans le vignoble du Languedoc. Avant que ne soit introduit le plan de vigne dit "américain" l'une des solutions constituait à inonder la vigne. Les rives de l'Aude et de ses canaux ont donc vu arriver la vigne, au détriment des coteaux, telle la Clape, car facilement innondables.
Mais la salinité de l'eau posait problème. Ce n'est que vers 1990 qu'un barrage "anti-salinité" fut installé en amont de l'embouchure de l'Aude, près des Cabannes de Fleury.
 
La crise viticole actuelle et l'arrachage des vignes rendent cet effort presque illusoire.
 
Depuis quelques années tout a basculé. Les efforts en faveurs des viticulteurs ont moins lieu d'être et les citadins en quête de logement à la campagne essayent de se faire entendre avec comme porte paroles les promoteurs immobiliers.
Sous Mitterand un grand projet de station touristique allant de l'Aude à l'étang de Vendres a failli voir le jour.
Après tout cela n'était que continuation des projets de grandes stations touristiques que furent la Grande Motte, le Cap d'Agde ou Leucates-Barcarès, projets visant à utiliser au profit du plus grand nombre des français l'accès au tourisme balnéaire tout en assainissant ces zones marécageuses sources de nuisances (la zone avait été démoustiquée dans les années 60).
 
Il n'en fut rien et l'on doit à la commune de Vendres, assez riche il est vrai, en raison de son cordon littoral abritant des campings rémunérateurs, de s'être opposée à l'urbanisation de son étang.
 
Mais l'urbanisme grignotte la périphérie des villages et les villages sont en quête de revenus.
 
Jusqu'à quand préservera-t-on ces espaces naturels indispensables à l'écosystème ?
 
 
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